Histoire

Aux origines du projet : deux mécènes amateurs d'art

La nouvelle Sorbonne, édifiée par Paul-Henri Nénot à la fin du XIXe siècle, se trouve presque immédiatement à l'étroit dans ses nouveaux murs ; aussi envisage-t-elle dès le début du siècle d'essaimer. De nouveaux édifices voient donc le jour, destinés à l'océanographie, à la chimie, à la géographie.

C'est aussi le cas de l'archéologie et de l'histoire de l'art, dont les premières chaires sont respectivement créées en 1876 et 1899. Grâce à un double mécénat, le legs de la bibliothèque d'art et d'archéologie constituée par le collectionneur et célèbre couturier parisien Jacques Doucet d'une part et le don de deux millions offert par la marquise Arconati-Visconti à la Faculté des Lettres d'autre part, l'Université de Paris peut projeter la construction d'un Institut spécifique. La guerre toutefois interrompt le projet, qui ne redémarre qu'en 1919.

La programmation est confiée aux professeurs

En 1919, trois enseignants sont sollicités pour définir le programme de l'Institut à créer: les professeurs Emile Mâle (historien de l'art médiéval) et Gustave Fougères (archéologue) et le maître de conférences René Schneider, historien d'Ouatremère de Ouincy et futur directeur de l'Institut.

La très minutieuse étude de programmation est centrée autour de l'installation de la bibliothèque Doucet. Il est alors prévu qu'elle occupe le rez-de-chaussée, le reste des quatre étages étant dévolu à l'enseignement, selon un scénario identique pour les trois ères chronologiques: salle de conférences pour cinquante auditeurs, bibliothèque spécialisée de trente places destinée aux exercices pratiques, cabinets de professeurs avec une annexe pour stocker les photographies et cabinets d'appariteur.

En outre, des galeries d'environ 80 m2 doivent permettre l'exposition d'originaux dans des vitrines, de moulages et de documents graphiques. Le premier étage est alors destiné à l'histoire de l'art moderne, le deuxième à l'art médiéval et le troisième à l'archéologie et à l'art antique. Enfin, un laboratoire photographique est expressément mentionné.

Le terrain est cédé par l'Etat

L'Etat cède à l'Université une partie de l'ancien enclos des Chartreux. Le terrain, un rectangle de 1600 m2 (53 x 30 m) bordé par la rue Michelet, l'avenue de l'Observatoire et la rue des Chartreux, est alors occupé par l'Institut de chimie. Son transfert rue d'Ulm permet la démolition des vétustes laboratoires. Le terrain donné par l'Etat à l'Université est estimé à un million de franc.

Le concours est remporté par l'architecte Bigot

Un concours est lancé en 1920 pour la construction d'un Institut d'histoire de l'art et d'archéologie. Sur les trente-neuf projets du premier tour, quatre restent en lice. Le premier prix est décerné à l'unanimité à Paul Bigot, malgré un devis nettement supérieur à celui de ses concurrents (Bray et Hennequet ; Duval, Gonse et Marrast ; Azéma et Hardy).

La bibliothèque Doucet tarde à rejoindre l'Institut

Au moment où le couturier et collectionneur Jacques Doucet fait don de la bibliothèque qu'il a constituée à l'Université de Paris, la Sorbonne doit trouver un emplacement suffisamment vaste et fréquenté par le public étudiant.

Dans un premier temps, elle est logée dans le très bel hôtel de la rue Berryer, que la baronne Salomon de Rothschild vient tout juste de léguer au ministère de l'Instruction publique.
Mais cet hébergement est provisoire et le ministre de l'Instruction publique décide enfin en 1933 de transférer la bibliothèque rue Michelet.

L'accueil de la bibliothèque d'art et d'archéologie de Jacques Doucet - qui avait selon les termes de l'époque besoin d'un « écrin à sa mesure » - avait été l'une des raisons déterminantes de la construction de l'Institut. Le libellé du concours de 1920 précisait ses besoins en espace : vaste salle de lecture avec éclairage zénithal, petites salles de lecture, magasins de stockage des livres.

Lorsque quinze ans plus tard, son intégration aux locaux de l'Institut d'art est décidée, la révision des plans d'origine fait migrer la salle de lecture au premier étage, sur les jardins de l'Observatoire, tandis que la belle salle de l'entresol est dévolue à la photothèque et aux estampes. Les travaux d'aménagement commencent en 1934 et sont pour l'essentiel achevés en 1935.

Des conditions d'études idéales

Par rapport aux propositions des trois enseignants chargés de la programmation, peu de modifications surviennent: elles concernent la salle de conférences au sous-sol, la spécialisation des étages et le quatrième étage.

A l'ouverture, les quelques quatre cents étudiants appelés à fréquenter l'édifice sont baignés dans une atmosphère d'érudition dont participent les salles de cours, mais plus encore le musée des moulages et ses galeries d'exposition, les bibliothèques et photothèques: toutes conditions d'études à même de faire rêver nos étudiants d'aujourd'hui

La grande salle commune du second étage comprend 220 places, avec un aménagement tout à fait nouveau: à chaque place, une petite lampe électrique individuelle permet la prise de note durant les projections. En sus, chaque étage comprend une salle de conférences de 50 places. Au sous-sol, l'amphithéâtre peut accueillir 400 auditeurs. L'Institut comprend en effet son propre amphithéâtre: c'est en 1931 seulement que la salle de conférences prévue au sous-sol devient un véritable amphi (au départ, il était envisagé que les cours publics d'histoire de l'art continuent à avoir lieu dans les ceux de la Sorbonne) : il comprend une cabine de projection.

Les galeries d'exposition de moulages ont une surface d'environ 80 m2, avec éclairage bi-latéral - grâce à des baies haut placées - ou zénithal (au 3e étage).La photothèque, morceau de bravoure de l'édifice, (actuelle salle de lecture de la bibliothèque du Centre Michelet), reçoit un décor soigné, avec plafond à caissons, motifs géométriques et mosaïque au sol.

L'étudiant peut en également observer la maquette de la Rome antique, qui constitue le principal ajout au dispositif initial. En effet, Paul Bigot n'a de cesse de faire accepter l'installation de ce plan en relief de la Rome du IVe siècle, prolongement de son magistral envoi de Rome. Cette installation sera finalement garantie, contre l'avis de la tutelle, par la couverture de verre qui en interdit tout autre utilisation sans frais de transformation importants. La pièce, avec une baie orientée au sud, sera en conséquence équipée d'une grande table en chêne et en sapin supportant la maquette de Rome, protégée par une balustrade de cinquante mètres de pourtour. Le quatrième étage accueille également le temple funéraire du roi Zoza.