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Que Les Trois Lumières soit !

Les Trois Lumières : « Association fondée en 2004 [qui] a pour vocation de rassembler de jeunes chercheurs (du Master au Doctorat) dont les travaux entretiennent un rapport privilégié avec le cinéma et l’audiovisuel[1] ».

Analyser les traces du passé pour éclairer l’actualité : voici la mission principale de l’historien-ne. Cette exposition virtuelle souhaite s’inscrire (modestement) dans cette noble démarche. A travers l’étude d’une association de loi 1901 fondée par des étudiant-e-s de l’UFR 03 de l’Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne (n’y voyez aucun chauvinisme !), celle-ci a pour ambition première d’illustrer le cheminement intellectuel qui va de la découverte des archives à l’élaboration d’un récit cohérent et, si possible, original. Que rêver de mieux pour une initiation à la démarche historienne que d’étudier l’itinéraire d’une structure, réduite certes mais très active, dédiée elle-même à des apprentis historien-ne-s ?

Cette exposition est la concrétisation d’un stage effectué dans le cadre du Master 1 Histoire de l’art (dominante Histoire du cinéma) de Paris 1 sous la direction de Catherine Roudé (ATER et docteure de l’Université Paris 1) et Marie-Charlotte Téchené (ATER et doctorante de l’Université Paris 1). Dès notre première rencontre au début de l’année universitaire 2016-2017, ces deux jeunes chercheuses m’expliquèrent leur désir de contribuer à la valorisation de certains fonds patrimoniaux du laboratoire de recherche auquel elles appartiennent, le Centre de recherches en histoire et esthétique du cinéma – CERHEC (HiCSA – ED 441 – UFR 03 – Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne). Cette expérimentation de la démarche historienne relève donc également d’un désir de donner une plus large visibilité aux fonds d’archives conservés au sein de ce laboratoire de recherche ainsi que de mettre en lumière les activités dynamiques de ses membres[2].

L’enquête débute véritablement à la fin de l’année 2016 par le dépouillement du fonds d’archives de l’association : un carton à moitié déchiré, plein de documents papier, pas très accueillant aux premiers abords mais néanmoins facilement accessible (puisqu’il est conservé dans la Salle Jean Mitry située dans le centre de documentation de Paris 1, Galerie Colbert. Ces archives ont été récupérées en 2010 auprès de Gabriela Trujillo et déposées dans cette salle par Marguerite Vappereau et Catherine Roudé, alors respectivement trésorière et secrétaire des Trois Lumières. Nous devenons rapidement intimes ce vieux carton et moi, à mesure qu’il me livre sa substance que j’inventorie systématiquement. Une relation à la fois conflictuelle et tendre, entre lassitude et enthousiasme ! Ce travail d’inventaire (plus de cent cinquante documents archivés) se double rapidement d’une activité plus rédactionnelle. En effet, je sélectionne régulièrement les pièces qui me paraissent intéressantes et qui méritent, selon moi, de retrouver la lumière du jour. Pour chacun de ces documents, je me livre à une description la plus détaillée possible ainsi qu’à un embryon d’analyse.

En procédant à cette sélection, je commence à mettre les archives en relation pour en dégager du sens. A travers elles, une trame narrative se dessine progressivement, encore largement dominée par les zones d’ombre. Les lacunes de ce fonds rendent nécessaire d’augmenter les sources. Cela est rendu possible grâce aux membres (anciens et actuels) de l’association, seuls capables de documenter ses activités. La première prise de contact par courriel, volontairement très large, cible l’ensemble des contacts de l’association et… se révèle assez infructueuse ! La seconde est orientée vers certains des fondateurs et des membres les plus actifs. Elle permet d’obtenir de riches et éclairantes contributions[3].

 

L’ambition du présent travail est de mettre en lumière (c’est le cas de le dire !) les enjeux d’une association dédiée aux études cinématographiques, et plus spécifiquement à leur veine historienne. Cette exposition virtuelle repose sur un certain nombre de choix totalement assumés (la sélection des archives présentées, la structure de l’exposition notamment), afin de rendre accessible au visiteur une histoire des Trois Lumières non exhaustive mais néanmoins fidèle.

Cette association est née du désir de cinq doctorants en Histoire du cinéma de l’Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne de créer un espace bienveillant dédié aux jeunes chercheurs dont les travaux touchent de près ou de loin au Septième Art ; L’idée est rapidement concrétisée puis développée, améliorée (et même imitée…). Ils n’imaginent pas alors l’ampleur que va prendre cette association au sein de l’HiCSA (Histoire culturelle et sociale de l’art), leur laboratoire de rattachement, puisque celle-ci, toujours active, est devenue un objet d’étude. La route n’est pas linéaire (loin de là !) mais force est de constater que Les Trois Lumières conserve son aura et attire toujours des chercheurs en herbe, passionnés de cinéma. C’est précisément la longévité de cette association étudiante, malgré ses contraintes internes et extérieures, qui servira de fil conducteur à cette exposition. En croisant les sources dont je disposais j’ai dégagé deux grandes périodes dans cette histoire, l’année 2009 constituant incontestablement un moment clé à analyser : d’une part la création des Trois Lumières ainsi que son activité débordante et multiforme jusqu’en 2009 ; d’autre part, à partir de 2010, l’affirmation progressive et en apparence univoque de cette association comme structure solidaire et tremplin pour les jeunes chercheurs en Histoire du cinéma. Voici donc l’histoire des Trois Lumières et de son extraordinaire résistance au temps !


[2] Je tiens ici à remercier tout particulièrement Marie Frappat et Isabelle Marinone pour leur généreuse contribution à ce travail de recherche, Olivier Hadouchi pour son riche témoignage ainsi que mes deux directrices de stage, Catherine Roudé et Marie-Charlotte Téchéné, Vicenzo Capozzoli, responsable Pôle images technologies numériques, et Alexandra Zervas, sans qui ce projet n’aurait pu se concrétiser

[3] Marie Frappat, Isabelle Marinone, Olivier Hadouchi, Priska Morrissey, Christophe Damour, Bidhan Jacobs, Myriam Juan, Patrick Désile et Vivien Viviani

L'Acropole d'Athènes au XXe siècle : dans l'intimité du bureau de Charles Picard

Correspondance autour d'une communication faite à la Société des Antiquaires de France (1)
De nos jours, les outils numériques sont un élément incontournable dans la recherche. Ces technologies ont grandement facilité les avancées scientifiques. Toutefois, une plongée dans le bureau de Charles Picard permet d'entrevoir les méthodes de recherches d'un autre temps. 
 
Qui était Charles Picard (1883-1965) ?
 
Archéologue et historien français spécialiste de la Grèce Antique; il est directeur de l'Ecole française d'Athènes dans les années 1920. Professeur d'archéologique classqiue à la Faculté de lettres de Paris (1934-1955), il devient par la suite le directeur de l'institut d'art et d'archéologie en 1937. Membre de l'Académie des inscriptions et belles-lettres depuis 1932, il publiera son ouvrage majeur en 1935, Le manuel d'archéologie grecque : la sculpture.
 
Machine à écrire, lettres manuscrites ou encore articles de presse découpés, tels étaient les outils accompagnant le professeur dans ses réflexions. Face aux nouveautés technologiques, tout cela peut nous sembler bien désuet.
 
Le parti pris de cette exposition virtuelle est donc de dévoiler cette méthode aujourd'hui dépassée.
Cette exposition est l'aboutissement d'un travail fait en amont sur les archives de Charles Picard, concernant l'Acropole d'Athènes, retrouvées dans son bureau. Ce travail a été encadré par le Pôle Images et Technologies Numériques de l'UFR 03. Cette structure a permis de redécouvrir des documents présents dans les locaux de l'Institut d'Art et d'Archéologie, comme ce fut le cas pour les archives de Charles Picard.
 
Ces archives furent valorisées au moyen de quatres grandes étapes. Elles ont été premièrement inventoriées, afin de pouvoir déterminer précisément leur nombre et leur nature. Nous avons dû nous poser des questions propres à la logique de l’organisation tels les critères pouvant décrire au mieux les documents ou encore le prélèvement de données utiles à une hiérarchisation des archives. L'intégralité du tableur est disponible sur ce lien.
Par la suite, se posait la question de leur numérisation. Aprés une sélection, et dans un souci de lisibilité des certaines des archives, nous avons opté pour une totale numérisation des articles dactylographiés, des articles de presse et des images.
Enfin, la mise en ligne de l'exposition des archives Charles Picard constitue l'aboutissement de ce travail. Permettant au public de l'UFR 03 de pouvoir approcher ces documents d'une autre époque, il lui est aussi possible de mieux saisir la méthodologie de cet illustre professeur.
 
H. de Launay--Vaucher et J. Gatoux

Le cycle des miracles du Christ dans le décor monumental médio-byzantin

La mise en image des miracles du Christ est une tradition qui remonte à l'art des premiers chrétiens ; fréquentes dans les catacombes de Rome, tant sur les parois des nécropoles que dans le décor des sarcophages, ces scènes se retrouvent également dans le décor des églises, par exemple au VIe siècle à Saint-Serge de Gaza (dont ne subsiste qu'une ekphrasis) ou à Ravenne, à Saint-Apollinaire-le-Neuf. De même, elles apparaissent très tôt dans les manuscrits enluminés. Cependant, après l'iconoclasme ces scènes deviennent rares, et c'est seulement au Xe siècle qu'elles réapparaissent progressivement dans l'empire et ses multiples aires d'influence, notamment en Cappadoce dans les deux églises de Tokali. Après une notable absence de ces scènes dans les grandes fondations du XIe siècle comme Hosios Loukas ou la Nea Moni de Chio, le XIIe siècle témoigne d'un nouvel essor de cette iconographie, qui prolifère véritablement à partir du XIIIe siècle, aussi bien dans les églises de la capitale (avec trente-deux scènes recensées, l'un des plus importantes séries de miracles connues est celle de Saint-Sauveur-in-Chora) que dans les provinces, avec de nombreux cycles conservés dans les Balkans.

Les scènes de miracles abondent dans les quatre Évangiles, ce qui laisse aux artistes chargés d'exécuter les décors pariétaux une grande liberté dans le choix des scènes, qui, chronologiquement, sont comprises entre la fin de l'Enfance du Christ et le début de la Passion. Les événements que l'on peut regrouper parmi les scènes de miracles sont de nature variée, et ne sont pas constitués uniquement d'actions relevant du surnaturel : le terme grec qui s'y réfère, ?a?µa (la merveille), doit en effet être entendu comme renvoyant de manière assez large à des actions qui sortent du domaine du probable. Conversions, résurrections ou guérisons de diverses maladies en font ainsi partie.

Si l'historiographie s'est intéressée à ces miracles, c'est cependant de manière inégale. Ils ont été abordés de manière occasionnelle dans les ouvrages consacrés à l'ère paléochrétienne, période pendant laquelle l'iconographie du Christ thaumaturge est particulièrement abondante. Les cycles de miracles de la période tardo-byzantine ont eux aussi fait l'objet d'un certain nombre de travaux, qui posent les principaux jalons de l'étude des images dont il est question. Le douzième siècle a moins retenu l'attention des historiens de l'art, alors qu'il s'agit pourtant d'une période charnière dans l'histoire de ce cycle et de sa présence dans le décor pariétal.

Il faut avant tout recenser les scènes de miracles observables dans les édifices de l'époque. Cependant, en raison de la destruction des monuments constantinopolitains de cette période, seule une ekphrasis de l'église des Saints-Apôtres est conservée et permet de connaître l'art de la capitale. C'est donc vers les périphéries de l'empire qu'il faut se tourner pour trouver des décors qui incluent des représentations du Christ thaumaturge, notamment l'Italie, avec Venise et Monreale, et la Russie. De manière plus ponctuelle, ces scènes se retrouvent également en Grèce et en Géorgie. Trois monuments principaux ont donc été retenus pour cette exposition, qui s'appuie sur un mémoire de master 1 : l'église de la Transfiguration de Miroz (Pskov, Russie), la cathédrale de Monreale (Sicile) et la basilique Saint-Marc à Venise.